Domeco.fr : la Somafi vient de fêter ses 40 ans de présence en Martinique. Comment votre activité a évolué depuis les années 60 ?
Benoît Gary : Notre activité a évolué favorablement en suivant l’évolution de la consommation en Martinique. En 1965, à la demande des concessionnaires automobiles, nous avons commencé par le financement des véhicules, et il n’y en avait pas beaucoup à l’époque. Aujourd’hui, le parc a considérablement évolué et la Somafi finance une voiture sur trois en Martinique. Pour l’anecdote : la première personne que nous avons financée était un chauffeur de taxi qui réglait ses traites, en liquide, avec des pièces de monnaie. L’informatisation de nos services, en 1975, a également contribué à l’évolution de notre métier, car auparavant, nous gérions les comptes clients sur fiches cartonnées.
Domeco.fr : Revenons en 2006. Quels sont les marchés de la Somafi ?
Benoît Gary : Nous sommes présents sur trois marchés, l’automobile, la grande consommation, et l’entreprise, et cela en Martinique mais aussi en Guyane, où nous avons une agence depuis 1997. 60 % de notre activité concerne le crédit aux particuliers et 40 % le financement de biens d’équipement pour les entreprises. Sur le marché du crédit à la consommation, celui des particuliers, la Somafi détient 30 % de parts de marché, et sur le crédit-bail aux entreprises, nous avons 50 % de parts de marché.
Domeco.fr : La Martinique est un marché spécifique où la demande de consommation, et donc de financement, est particulièrement forte. Comment vous l’abordez au quotidien ?
Benoît Gary : La force de notre société est d’être en contact permanent avec nos clients et d’adapter nos services et nos produits à l’exigence martiniquaise. On ne peut pas gérer les clients, vendre nos produits et faire du recouvrement à distance. Il faut un contact client permanent, en face à face, être à leur écoute, à la fois pour vendre nos services et pour le recouvrement, où naturellement, nous favorisons les règlements amiables.
Domeco.fr : Le rachat en 1995 de la Somafi par le groupe américain Général Electric, a-t-il modifié cette approche spécifique du marché martiniquais, et vos méthodes de travail ?
Benoît Gary : Absolument pas. D’abord l’arrivée de GE n’a pas changé le management local, donc la politique commerciale de la Somafi n’a pas changé non plus. En revanche, Général Electric nous a apporté la puissance d’un grand groupe, la solidité financière puisque c’est l’une des signatures les plus réputées au monde, avec une notation AAA, et la capacité d’investissement dans des nouvelles technologies et des moyens humains.
Domeco.fr : Quel est votre encours crédit et quel est votre taux d’impayés ?
Benoît Gary : Nous gérons 370 millions d’euros de crédits sur la Martinique et la Guyane. Quant à notre taux d’impayé, il est de 15 % et nous comptons plus de 32.000 clients.
Domeco.fr : C’est un taux relativement bas pour une société de financement. Quel est votre secret ?
Benoît Gary : Cela tient à la fois à la gestion en amont des dossiers et aux contacts permanents que nous entretenons avec nos clients. D’abord nous ne prêtons pas d’argent à des gens qui n’ont pas de revenu, et ensuite, nous ne favorisons pas le surendettement. Cela signifie au quotidien que nous expliquons à nos clients leurs engagements et que nous contrôlons, bien entendu, leurs revenus et leurs charges pour respecter les ratios d’endettement. En ce sens, nous nous définissons comme un prêteur responsable. Maintenant, il peut arriver qu’un client ait des problèmes de remboursement. Nous avons alors deux phases : une phase amiable, où nous contactons le client pour mettre en place, avec lui, des solutions de recouvrement. A ce stade, le point essentiel pour nous est de distinguer si le client est de bonne foi ou non. S’il est de mauvaise foi, alors intervient la deuxième phase, celle du contentieux, avec saisie du matériel, si nécessaire.
Domeco.fr : Vous venez de vous définir comme un prêteur responsable. C’est pour cette raison que vous vous impliquez, aussi, dans la vie locale, en faisant du sponsoring sportif et du mécénat social ?
Benoît Gary : Le sponsoring sportif vise à la promotion de l’image de la Somafi mais nous avons également la volonté d’impliquer l’entreprise dans la société. A ce titre, nous menons plusieurs actions avec les collaborateurs de la Somafi, comme l’an dernier, la semaine de la responsabilité, durant laquelle nous avons reçu des associations pour les aider dans leurs projets. Nous avons également participé au financement du camion de l’établissement français du sang, et nous avons impliqué nos collaborateurs dans une charte pour l’autosuffisance du sang en Martinique. C’est important à la fois pour l’image de la Somafi à l’extérieur, comme entreprise citoyenne, mais aussi en interne, pour notre personnel. C’est fédérateur, car nos collaborateurs ont besoin de travailler dans une société qui pense à autre chose que prêter de l’argent, qui pense à l’environnement, par exemple. Nous avons fait une exposition sur la mangrove qui a eu beaucoup de succès.
Domeco.fr : Quels sont vos objectifs pour 2006 ?
Benoît Gary : Nous avons trois axes de développement. Le marché de l’automobile avec le lancement prochain de deux nouveaux produits, qui n’existent pas encore, mais c’est trop tôt pour en parler. Ensuite sur le marché de l’entreprise où nous avons un objectif de croissance de 10 % par an, et la création prochaine d’une agence spécialement dédiée à ce marché. Et sur la grande consommation, c’est le renforcement de nos parts de marché avec de nouveaux outils pour aller plus vite dans le traitement des dossiers et pour améliorer nos temps de décision et de recouvrement. D’ailleurs, nous allons lancer, dans quelques semaines, un site Internet où il sera possible de faire des demandes de crédits en ligne, avec toujours comme objectif, la rapidité de traitement. L’évolution de nos métiers passe par ces exigences d’amélioration de nos services.